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de l'art urbain à l'art scotch

Comment as-tu débuté dans l’art urbain ?

En 2006, dans le cadre de l’exposition « Aux Arts Citoyens », les organisateurs de l’événement m’ont offert la chance de présenter ma technique de collage au scotch transparent. C’est ainsi que je me suis retrouvé à participer à une exposition avec des artistes urbains sans en être un !

Après quelques mois, j’ai basculé vers la rue en créant une famille de personnages dédiée. Avec le temps, ces silhouettes ont grandi et je me suis mis à les habiller. Je n’ai jamais utilisé l’Art Scotch dans la rue mais le collage traditionelle, en utilisant de la colle à papier peint.

Sur toile, mon attention est plus grande quant aux qualités des vernis et des colles et je garde mes secrets de fabrication..

Bushwick Collective 2012 (Photo JL Feurra ©)
Pourrais-tu revenir sur cette technique de l’Art scotch, matériau intéressant qui permet de jouer sur l’accumulation et la transparence, et sur la raison pour laquelle tu as déposé ta marque à l’INPI ?

J’ai déposé FKDL en tant que marque avant même de mettre un pied dans l’art urbain, lorsque je me suis lancé dans l’Art scotch en 2000. L’Art scotch est une technique à laquelle j’ai associé mon nom, mais ce n’est pas une invention. Je ne suis pas propriétaire de cette forme de création, qui a d’abord été inventée par Gil Joseph Wolman. Il est mort en 1995, je ne l’ai pas connu, mais j’ai eu la chance d’échanger avec Villeglé qui avait fait plusieurs expositions avec lui. Cinéaste, plasticien, poète et écrivain français, il était proche de Guy Debord.

Mon nom est désormais associé à une technique de collage au ruban adhésif transparent, pour une simple histoire de paternité. Mais j’ai initié beaucoup de monde à cette technique, dès l’instant où je réalise une démonstration, la personne l’apprend. C’est d’ailleurs un très bon moyen d’échange et de contact, notamment quand existe la barrière de la langue. Je n’ai pas l’âme d’un professeur mais j’aime l’idée de transmission, de partage et d’échange.

Quel est ton processus de création lorsque tu réalises des œuvres pour la rue ?

Pour la rue, je travaille à partir de nappes colorées sur lesquelles je dessine un personnage dont j’habille le corps de collages d’anciennes revues des années 20 aux années 70. Je prépare tout en atelier pour ensuite ne pas perdre de temps au moment de l’installation. Mélanger colle et peinture acrylique nécessite différentes étapes de séchage qu’il faut respecter. Pour certaines occasions, il m’arrive de travailler sur mesure afin de m’intégrer au mieux dans le paysage urbain, tout comme je peux n’utiliser que de la peinture si mon travail doit être pérenne. J’aime les collaborations sur toile comme sur mur et je ne travaille pas à la bombe.

un travail sur le corps et le mouvement

La place importante occupée par le corps humain dans ton travail peut renvoyer à tes différentes formations, que ce soit la mode ou le cirque.

Depuis mes premiers pas, j’ai créé des personnages. En ce moment je travaille beaucoup sur le regard. On découvre souvent mes oeuvres en trois temps: le fond coloré d’abord, la forme du corps ensuite et enfin les collages dans le personnage. Toute la gestuelle et la dynamique corporelle qu’on peut trouver dans mon travail est liée au cirque, même si j’en ai pris conscience plus tard. Après le baccalauréat, j’ai fait une année de dessin de mode et deux ans à l’école du cirque, ce qui a intimement marqué mon parcours.

Une partie de ton travail consiste à collecter les différents supports qui te serviront de matériau de création.

J’ai collecté depuis mes 20 ans beaucoup d’images à travers des magazines tels que Cinémonde, Paris-Match, les Petits Echos de la Mode…Il y a quelques années, j’ai racheté à un ancien libraire un stock énorme de la revue Mon Film datant de 1946 à 1958: ce qui était formidable c’est que chaque semaine il y avait un tirage sépia différent ! Dès lors, il m’arrive de passer des jours et des jours à feuilleter des revues en vue de la constitution d’une série d’images. Aujourd’hui mon stock compte plus de 10 000 exemplaires en tous genres.

Il est donc relié au cinéma.

J’avais organisé une exposition au Cinéma des Cinéastes, en collaborant avec 4 artistes, sur le principe de l’affiche de cinéma. Mon idée initiale était de faire 24 toiles, comme le nombre d’images/seconde d’un film, chaque affiche était un clin d’œil au film de genre, à une actrice ou un auteur. Aucun des artistes ne savait ce que je faisais avec l’autre. Il y a ainsi eu une toile sur Alfred Hitchcock, une sur Marilyn Monroe, une sur Bette Davis et une autre sur les films d’horreur américains des années 50 à la George Romero. Il est intéressant de constater que sur les 4 participants, deux étaient autodidactes et deux avaient étudié dans une école d’art, et cela se sentait dans l’approche et le processus de travail.

Je collabore également avec la famille Pagnol. Ils m’avaient sollicité en 2010 pour les 10 ans du Prix Marcel Pagnol et depuis je réalise chaque année une toile pour l’invitation du prix littéraire. Ils m’ont confié des affiches originales, un vrai trésor avec lequel j’essaie d’apporter, à ma manière, de la modernité dans mes créations.

actualité d'hier, mémoire d'aujourd'hui

As-tu toujours voulu travailler sur ces vieux magazines du milieu du 20ème siècle?

Cela s’est imposé progressivement, j’ai commencé par accumuler ces vieux magazines durant les années 80, uniquement parce que j’aimais leurs iconographies. Au début, je ne m’intéressais pas au collage car je trouvais ça ringard. C’est en m’intéressant à des artistes comme Villeglé, Matisse ou Picasso que j’ai été le plus influencé. Toutes les époques m’intéressent, mais j’ai une préférence prononcée pour les périodes postérieures aux années 70.

Ce qu’il y a de spécifique avec le papier, c’est qu’en tant que matériau il a déjà une histoire.

En 2009, pour l’exposition « Métro Monde » à la galerie New heart City, j’avais récupéré à la station de Métro Saint Sulpice des lambeaux d’affiches publicitaires datant des années 60, qui m’ont permis de constituer le fond de mes toiles.  Ces extraits d’affiches ressemblaient davantage à de la sérigraphie qu’au pointillisme que l’on retrouve aujourd’hui dans l’impression. Par le recyclage, je redonne vie à toute cette matière papier composée de textes, de formes et de couleurs.

J’ai ensuite décidé d’utiliser un Ciné Monde par toile. La date du magazine me servait de titre et au dos de chaque toile je notais le nom de tous les acteurs et actrices servant dans la composition. La dimension historique de cette approche m’intéressait: ainsi, si je m’adressais à un cinéphile, il pourrait retrouver les personnes représentées. J’aime utiliser le papier dans cette perspective, lui donnant une nouvelle dimension, il me permet de raconter des histoires avec peu de moyens. Je ne me lasse pas des collages que je réalise dans la rue. Au fil de mes voyages, il m’arrive de recouvrir mes anciens collages dégradés par le temps ou par la main de l’homme. J’aime la récurrence et je me suis accaparé certains spots au fil des ans, à Paris ou ailleurs.

Ton travail rentre ainsi en écho avec le thème de la mémoire.

Le plus bel exemple de ce thème a été un collage réalisé près de Beaubourg, à l’angle de la rue Quincampoix. J’y ai tellement fait de collages, qu’un de mes personnages récurents y fait référence : “Madame Quincampoix”.  Un jour à ce carrefour, alors que je prenais un peu de distance pour faire des photos de mon dernier affichage, je vois un couple de personnes âgées, en pleine discussion à propos de ce collage. Il y avait dans ma composition la photo de cette femme, qui plus jeune avait tourné dans un film, et qui venait de se retrouver là, sur le mur devant Beaubourg. Un grand moment d’émotion.

Quel rapport entretiens-tu avec le caractère éphémère de l’art urbain?

Je peux travailler beaucoup sur un collage en atelier, presque autant que sur une toile, mais une fois que je l’ai collé, il ne m’appartient plus. Depuis bientôt 10 ans, tous les 1er janvier, je réalise un collage avec le chiffre de l’année. Cette année je l’ai fait au Cent Quatre mais deux fois de suite c’était à Belleville. Le premier que j’avais posé, sur une petite baraque adossée au manège du carrefour, était resté six mois. L’année suivante il a disparu en m’ayant laissé simplement le temps de prendre un café. Cela fait partie du jeu et si tu n’en acceptes pas les règles, tu ne colles pas dans la rue. En cela, l’espace urbain me sert de champ d’expérimentation: une fois que j’ai conçu un personnage, je vais d’abord le positionner dans la rue pour voir comment il est perçu, par moi et par les autres. S’il fonctionne je le mettrai en scène sur toile.

Vous pouvez retrouver FKDL sur Instagram, Facebook et son site internet.

Toutes les photographies appartiennent à FKDL.

Entretien enregistré en janvier 2018. 

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