Simon Coencas: Découvreur de Lascaux5 minutes de lecture


Un message est enregistré sur mon répondeur : une voix rocailleuse résonne « Passez me voir et je vous raconterai Lascaux ». Lascaux. C’est un nom qui semble venir de très loin, un nom qui évoque irrémédiablement l’enfance, les cours de l’école primaire, les explications sur la Préhistoire et ces périodes nimbées d’incertitude, d’où il émerge quelques peintures rupestres, le nom d’un squelette, et l’image d’une petite figurine en ivoire.

 

Le gardien de l’immeuble n’est pas surpris, il a l’habitude de voir parfois arriver dans le vestibule des gens à la recherche de l’homme qui connaît Lascaux. Nous arrivons à l’étage, Simon Coencas apparaît dans l’embrasure de la porte. Il est là, le dernier découvreur de la grotte. Lui est obligé de se souvenir, encore et toujours. Cette histoire il l’a vécu quand il était jeune, et depuis il la raconte à des générations pour que comme lui, elles se souviennent.

 

Nous sommes en septembre 1940. Depuis la fin du mois de juin la France est coupée en deux, séparée par la ligne de démarcation séparant la zone libre de celle occupée par les forces d’occupation allemande. Montignac, dans le Périgord noir, se situe au sud de la ligne. Le 8, quatre adolescents découvrent l’entrée d’un tunnel en suivant le chien Robot, appartenant à Marcel Ravidat, au cours d’une promenade. Quatre jours plus tard, ce dernier revient, mais ses accompagnateurs sont différents : il est suivi cette fois par Georges Agniel, Jacques Marsal et Simon Coencas. Excités à l’idée que ce souterrain puisse être la sortie d’un passage secret menant au château de Lascaux, ils décident de l’explorer plus en avant. La progression est difficile à l’aide d’une simple lampe à huile. Au début l’obscurité semble tout recouvrir, mais apparaissent progressivement sur le mur des ombres, des formes d’animaux. Les adolescents viennent de découvrir la salle des Taureaux.

Salle des taureaux, panneau de la Licorne

Simon Coencas insiste : c’est un sentiment incroyable que de trouver ce trésor-là, tout jeune, dans les mêmes conditions que pouvaient être celles des peintres du Paléolithique. Quelques jours plus tard, leur professeur Léon Laval est prévenu, pour ces jeunes la personne qui leur avait raconté les merveilles de ces époques lointaines à l’école. A son tour le professeur fait alerter Henri Breuil, préhistorien de référence réfugié dans la région. Celui-ci est ébahi : il surnommera la grotte de Lascaux la « Chapelle Sixtine de la Préhistoire ».

14 octobre 1940 - Le Comte Bégouën et l'Abbé Breuil visitent la grotte.

Mais Simon Coencas fait partie de ces personnes qui malgré elles se retrouvent pour un temps au cœur de l’Histoire et de ses palpitations. En effet, étant juif, son retour à Paris va le plonger dans la période noire de la déportation. Son père, mutilé de la Grande Guerre, est trahi par son ami et collègue de travail. Il sera emmené à la caserne des Tourelles, avant d’être conduit à Drancy, puis à Auschwitz. Simon aussi sera arrêté, plus tard, à la sortie d’un cours de danse avenue Foch. Nous sommes en 1942. Il a 15 ans. A Drancy il sera libéré suite à une intervention de la Croix-Rouge et à un décret épargnant les enfants de moins de 16 ans. Il échappe aux rafles suivantes en se réfugiant chez sa tante, mariée à un catholique peintre en bâtiment. Il vivra caché là au 24 rue Rodier, dans le 9ème arrondissement, jusqu’à la fin de la guerre.

 

Après la libération il deviendra comme son père brocanteur à la charrette et ferrailleur. Petit à petit, il a construit sa vie. Et Lascaux pour un temps fût mis de côté. Bien plus tard il y retournera, en 1986, réuni avec les autres inventeurs pour la première fois sur place, bien qu’ils aient gardé contact jusqu’alors. Ceux qui découvrent un trésor en sont en effet les inventeurs, un titre découlant directement de sa racine latine invenire, trouver. Une trouvaille récompensée puisqu’il sera décoré de la République en 1990 puis en 2010.

1948 - Marcel Ravidat et Jacques Marsal font visiter la grotte.
1986 - Marcel Ravidat, Simon Coencas, Georges Agniel et Jacques Marsal devant l'entrée de Lascaux.

Simon Coencas propose du café. Il est fier de Lascaux. Non pas que la découverte de la grotte lui ait rapporté une quelconque rétribution financière. Mais peu à peu elle a intégré le patrimoine archéologique et historique français. Montignac est devenu un lieu dont le nom a parcouru le monde. Car Lascaux a voyagé. Les fac-similés de Lascaux 3 se sont mêmes envolés de l’autre côté de l’Atlantique. Mais à chaque fois qu’il y retourne, malgré le fait qu’il s’agisse désormais d’une quatrième copie, Simon Coencas est de nouveau adolescent. Et il est fier du regard émerveillé que pose comme lui les enfants sur la salle des Taureaux.

Lascaux, cradle of man's art , William Chapman (USA 1950, couleurs, 17 minutes).
Premier film en couleurs tourné dans la grotte de Lascaux.

A la demande de Simon Coencas l'entretien n'a pas été enregistré.

Site web de la grotte de Lascaux.