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Sparky In The Clouds

sparky in the clouds

Chanter les poussières d'étoiles

« La scène est un moment de partage de vibrations par lequel le public va ressentir tout ce que tu es. »

Formation du groupe & travail commun

Pourrais-tu revenir sur la création du groupe ?

Nous nous sommes rencontrés chez mon cousin qui est ingénieur son en Seine-et-Marne. J’étais venue en France pour enseigner l’anglais à la Sorbonne et je chantais dans un groupe de funk dans lequel Mathias était guitariste. Ma sœur est venue de Londres me rendre visite, et il y a eu cette rencontre musicale improvisée, qui a débouché sur la formation du groupe Sparky In the Clouds en 2010. Nous avons écrit rapidement quelques chansons avant d’aller à Berlin pour jouer ensemble dans la rue et se découvrir.

Quel est votre processus d’écriture ?

Cela diffère pour chaque chanson en fonction de l’inspiration. Chacun d’entre nous apporte des compétences différentes. Certains morceaux commencent par une mélodie jouée et chantée en studio ; d’autres fois nous finissons ensemble un morceau débuté par l’un de nous ; il arrive enfin que quelqu’un arrive une idée presque aboutie. Nous écrivons les paroles ensemble avec ma sœur, avant de souvent discuter à 3 du sujet de la chanson en studio.

Grâce à votre maîtrise technique, votre voix vous permet en fonction des morceaux de transmettre le message ou d’accompagner le chant. Comment créez-vous ce dialogue à deux ?

Cela s’est construit au fil d’années de travail. On a développé une forme d’unisson qui est devenue notre signature. Chanter en unisson avec quelqu’un est très difficile mais avec ma sœur c’est naturel. Nous avons fini par trouver une unité très forte, qui fait que je ne sais parfois pas si c’est elle ou moi qui chante dans les retours ! Nous travaillons ensuite la composition pour pouvoir chanter à deux voix. Ma sœur est très douée en harmonie vocale : elle écoute la mélodie et chante instantanément l’harmonie. Il nous arrive aussi de faire des jeux rythmiques, comme dans Motion Tide. Nous nous sommes rendues compte un jour que j’étais malade et ne pouvais me rendre à un concert que même si ça allait les morceaux étaient véritablement écrits pour deux voix, sans quoi nous perdions une partie de l’impact.

Quelle place à l’osmose et la durée au sein de votre collectif ?

Le lien qui nous unit avec ma sœur est très fort, sans se regarder nous sommes capables de nous comprendre dans une forme de télépathie. Avec Mathias c’est un rapport qui s’est construit en travaillant ensemble depuis longtemps, on se sent à l’aise. Mais je pense que la durée n’est pas un critère, il est possible d’avoir une connexion très forte avec quelqu’un rencontré peu de temps auparavant.

Influences musicales

Quelles sont vos influences musicales ? Vos morceaux transportent l’auditeur, qui ne sait s’il se trouve au Royaume-Uni ou en Inde. Sur Find Your Love on retrouve mêmes des airs qui évoquent la batucada – des percussions traditionnelles du Brésil. Sur l’album ces influences servent-elles à donner une couleur d’ensemble ou varient-elles en fonction des morceaux ?

Ce n’est pas forcément prévu de montrer ces influences, mais nous avons envie d’exprimer ce que nous sommes, même si cela ne rentre pas nécessairement dans une case. Comme beaucoup de gens nous avons des influences qui viennent des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, mais aussi d’Inde ou d’Irlande. Notre travail avec Piers Faccini lors de la production de Kings and Queens fait ressortir ces inspirations. Je suis très heureuse de cette collaboration car je me suis sentie respectée tout au long de la création, et je pense qu’il est fondamental de trouver un réalisateur qui sache écouter, qui a vu chez chacun de nous trois des forces et des faiblesses, et qui sans rien dire à su conserver notre essence, tout en nous suggérant ce qu’il fallait améliorer. Nous avions beaucoup travaillé avant de le rencontrer mais il nous a pris sous ses ailes. Grâce à son aide, nous avons pu développer un album qui a du sens, et au sein duquel on ne se sent pas perdu, guidé par le fil conducteur de la folk présent dans toutes les traditions.

Tu disais que l’important pour toi était d’être vraie. Mais votre musique a également une portée intemporelle, presque merveilleuse.

Je sais que cette musique traverse ma voix qui, comme pour toute personne, porte mon histoire et celle de mes ancêtres, toutes nos souffrances et toutes nos joies. C’est peut-être pour ça qu’avec ma sœur nous dégageons quelque chose d’intemporel, de presque ancien, et lorsque je chante je ressens un sentiment quasi-mystique. Quand nous étions dans le ventre de notre mère elle jouait du tempura avec notre père. Un enfant à peine conçu, dès lors que ses oreilles se forment, ressent les vibrations. Cette musique indienne très spirituelle et très ancienne a aussi pu nous influencer.

Plus concrètement, l’enregistrement et le choix de la production interviennent sur la sensation qui se dégage de l’album. Pour ma part, je ressens parfois un feeling qui rappelle les années 70, mais cette sensation d’universalité et d’intemporalité renvoie à certains morceaux de folk qu’il est possible de chanter cent ans plus tard, qui conservent toujours une mélodie moderne. Il y a un morceau irlandais qui s’appelle She moves through the fair, sorti en 1909, mais dont la mélodie est toujours valable en concert.

A cet égard, que représente la scène pour toi ?

La scène est un moment de partage de vibrations par lequel le public va ressentir tout ce que tu es. Quand on est sur scène on ne peut rien cacher. Un concert, quel que soit la musique, peut être très touchant, un instant de communion, dans lequel on n’est pas obligé en tant que spectateur de parler aux autres, de s’occuper de quoi que ce soit, où l’on peut juste voyager. En fonction de notre état d’esprit on se rendra compte de certaines choses, comme dans un état de méditation. Un concert de rock sera une méditation extrême. Au-delà du partage c’est aussi un challenge, pour moi de se montrer. Monter sur scène c’est se montrer et accepter ce que l’on est, sans se juger.

Kings and Queens

Find Your love est un morceau qui évolue beaucoup entre l’EP et l’album. Pourrais-tu revenir sur la transformation d’un tel morceau.

Find Your Love est le morceau qui nous a donné notre envol, car beaucoup de professionnels l’ont entendu et sont venus vers nous suite à sa diffusion.  Il est proche de notre cœur, et nous l’apprécions tous. L’enregistrement de There’s a Way to Make Things Brighter (EP) est lié à conditions du moment ; nous avions moins de moyens donc le son était un peu plus roots. L’arrangement y est aussi différent car il durait entre 4 et 5 minutes. Mais nous voulions absolument refaire ce morceau pour qu’il fasse partie de l’album, et nous l’avons raccourci dans l’optique de la production et d’un single, notamment grâce à l’arrangement de Piers Faccini. De fait, il devient presque le deuxième single de l’album.

Considères-tu un album comme un concept formel ?

Je pense que Kings and Queens condense beaucoup d’émotions, comme tout premier album d’un groupe ayant travaillé pendant des années et réalisé deux EP. J’aime pourtant le fil que nous ne l’avons pas « pensé » en amont, que nous avons proposé ce que nous ressentions sur le moment, sans fil conducteur. C’est un album qui parle de trajet personnel, de luttes, entrant parfois en écho avec le fait de travailler dans le domaine de la musique, un business où il est parfois difficile de rester soi-même.

Kings and Queens est pour toi un album qui a eu à la fois le temps de mûrir tout en traduisant les sujets que vous vouliez aborder à ce moment-là. Est-ce qu’un album raconte pour toi à chaque fois une histoire différente, ou fait-il un état des lieux sur la personne que tu es à cet instant ?

Je pense que cela dépend de chaque artiste. Personnellement mon écriture est toujours liée à ce qui se passe dans ma vie. Je n’ai jamais écrit autour d’un concept, sinon sur mes émotions, parce qu’en tant qu’êtres humains nous partageons finalement beaucoup de choses dans la joie, la douleur, l’amour ou le manque. Les chanteurs ou les paroles qui me touchent sont ceux qui parviennent à exprimer un état auquel tu t’identifies. Il y a un morceau qui s’appelle Woodstock, écrit par la chanteuse Joni Mitchell. Jamais arrivé au Festival car bloquée dans les embouteillages, elle l’écrit en s’inspirant de la situation qu’elle est en train de vivre et de ses émotions. Cette chanson témoigne de cette attente, de son voyage vers le festival, mais surtout du message politique que représentait Woodstock : la lutte contre la guerre au Vietnam. Le refrain dit :

We are stardust, we are golden
We are billion year old carbon
And we got to get ourselves back to the garden

Cette écriture est incroyable car elle nous décrit des choses qui nous touchent émotionnellement avec une vérité que nous connaissons tous. Le bon moment est souvent lié à ce qui se passe dans ta vie, et celle de musicienne est pleine de challenges. Quand tu travailles dans ce métier tu n’as pas souvent de retours, de chefs qui te disent si c’est bien, pas de salaire, tu dois te valoriser toi-même.

Du Trio au Quintet

Comment travaillez-vous la relation musicale entre la guitare et les voix ?

C’est un échange continuel, tout le monde participe à la création du rythme. Traditionnellement la guitare accompagne la voix mais je ne le vois pas comme ça. La voix est un instrument qui délivre un message, et l’harmonie avec la guitare emporte tout un autre message qui soutient les paroles et la mélodie. Nous nous soutenons en permanence, comme dans un jeu. Qui désormais se joue à 5 : sur l’album nous sommes accompagnées d’une basse et d’une batterie. La présence de ces instruments permet à la guitare de devenir une troisième voix.

Comment est-apparue cette envie de jouer avec plus de musiciens ?

Lors de la production de Kings and Queens nous jouions depuis longtemps en trio, et nous voulions ajouter ces instruments car je trouve qu’il est important d’avoir le spectre des fréquences rempli pour un album. La basse et la batterie, en contribuant au rythme, enrichissent l’écoute, et permettent d’explorer une plus grande ampleur. Sur scène, nous avons d’abord joué en quartet, avant de réaliser au fur et à mesure des concerts qu’il était nécessaire d’ajouter des basses pour jouer en live, car en son absence il y a quelque chose qui manque, même de façon subliminale.

Allez-vous poursuivre avec cette formation ?

Nous allons désormais jouer en quintet. La basse et la batterie permettent de changer de dimension. Cela va nous permettre d’aller dans de plus grands festivals, de toucher un plus large public. Nous avons grandi avec un père qui jouait dans les plus grands festivals d’Angleterre. J’adore cette ambiance, passer plusieurs jours à vivre dans la Nature en écoutant de la bonne musique. Si notre musique est souhaitée c’est ainsi que j’aimerais la partager, car c’est la puissance de cet Art de permettre de s’adresser à des milliers de gens en même temps, pour partager avec eux un moment pur dans une ambiance magique.

Vous pouvez retrouver plus d’informations sur Sparky In The Clouds sur Youtube, Facebook, et leur site internet.

Photographie: Sparky In The Clouds

Entretien enregistré en juin 2019.

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