A PROPOS

Depuis août 2016, j’ai entrepris à travers le site internet QG des artistes une exploration de l’art urbain français. Par la rédaction d’entretiens long-format, je cherche à interroger les artistes sur leur parcours, la façon dont ils et elles appréhendent l’espace public en tant que lieu de création, mais aussi à partager avec eux une réflexion sur leur pratique en tant que telle, de ses spécificités à son éventuelle place dans l’histoire de l’Art. Cet essai s’inscrit dans la même démarche, alors qu’il vient après plus de cent rencontres réalisées, somme d’opinions suffisante pour développer une vision panoramique sur les motivations des acteurs et actrices de la rue aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de déterminer quel mot il convient d’employer entre « street art » et « art urbain », la majorité des personnes rencontrées refusant de se définir par ce biais de peur de s’enfermer dans une case. Ce texte n’a pas non plus pour mission de trancher si l’art urbain est un courant artistique à part entière ou un super-medium dans lequel s’inscrit un grand nombre de pratiques différentes, devenant elles-mêmes des sous-courants spécifiques. Si ces problématiques et leurs enjeux sont traités, elles ne constituent néanmoins pas le cœur de cet ouvrage qui tourne autour de la notion de temps. Dès lors, mon principal critère de regroupement entre tous les artistes permettant de conduire cette réflexion est le fait qu’ils aient mené – ou mènent encore – une activité dans l’espace public de façon répétée tout au long de leur parcours. Si le texte donne abondamment la parole aux artistes de la scène française, et s’appuie en large partie sur leurs commentaires, cela n’exclut pas pour autant l’intervention de certaines grandes figures internationales, notamment américaines, lorsque cela permet d’apporter un regard complémentaire approprié. Si la majeure partie de ces réflexions provient d’interviews de première main, d’autres (comme celles de Keith Haring ou de Banksy) sont parfois pertinentes pour apporter une autre densité à ce cheminement de pensée. Enfin, cet essai se veut une réflexion ouverte sur un geste artistique au fait de son essor qui connaît des mutations permanentes. Il constitue, à travers la voix des personnes interrogées, un arrêt sur image d’un moment formidable dans l’histoire de l’Art, qui permet à des acteurs et des actrices aux parcours de vies complètement différents, aux regards sur le monde divers, de pouvoir partager un même espace de création.