Lady Pink

mai 2022

LA REINE DU GRAFFITI NEW-YORKAIS


LES RACINES ET L’IMMERSION DANS LA RUE

Nous sortons tout juste de la période du COVID, qui a été un moment d’isolement très particulier pour le monde entier. Comment as-tu vécu cette période de ton côté ? Est-ce que cela a affecté ton quotidien d’artiste ?

Pour être tout à fait honnête, le COVID ne m’a pas vraiment affectée dans mon travail au jour le jour. Cet endroit ici s’est avéré parfait pour être isolée. Pendant que tout le monde paniquait à l’idée de rester enfermé, c’était agréable pour moi d’être un peu en dehors de la ville. Ici, nous avons encore de l’espace. Je ne me suis pas sentie piégée dans ma maison, je n’ai pas eu cette impression d’être étouffée ou enfermée que beaucoup ont ressentie dans les grands centres urbains. De toute façon, ma vie normale consiste à rester enfermée ici toute la journée à peindre. Je ne vais nulle part, je ne sors presque jamais. Donc, quand le confinement est arrivé, ma routine n’a pas changé d’un iota. J’étais déjà dans mon atelier, face à mes toiles.

Entrons dans le vif du sujet. C’est une question que j’aime poser en ouverture car pour certains artistes, tout se passe en un seul et même instant, tandis que pour d’autres, ce sont deux moments de vie totalement distincts : comment es-tu devenue artiste, et quand as-tu commencé à t’exprimer dans la rue ?

Je m’appelle Lady Pink, et la vérité, c’est que j’ai toujours été artiste. À l’âge de cinq ans, je l’étais déjà. Ma famille me raconte souvent que je « vandalissais » déjà les plans de mon vrai père. Il était ingénieur en architecture, et je ne pouvais pas m’empêcher de dessiner et de gribouiller partout sur ses documents techniques. Vers l’âge de 10 ans, j’avais un besoin viscéral d’avoir des kits de peinture par numéros, j’ai donc appris à manipuler les couleurs et les pinceaux très tôt. Plus tard, au collège, mon professeur d’arts plastiques a décelé quelque chose en moi. Il m’a convaincue de construire un portfolio solide pour tenter d’entrer dans un lycée artistique. À New York, il existe des lycées professionnels très sectorisés : l’automobile, l’aviation, et quelques écoles d’art. C’est une chance immense pour les enfants car cela leur donne un vrai coup d’avance. Mais pour y entrer, la sélection est impitoyable. Des milliers de gamins venus de tous les coins de New York postulent, et seuls les meilleurs intègrent les classes. C’était mon destin d’aller là-bas. Une fois acceptée, j’ai choisi de me spécialiser en architecture, pour marcher dans les pas de mon père. J’ai d’ailleurs deux demi-frères en Équateur qui sont ingénieurs architectes aujourd’hui ; ils dirigent une entreprise, construisent des gratte-ciels, c’est vraiment quelque chose que j’ai dans le sang.

Pourtant, mon histoire avec l’art de rue a commencé à l’âge de 15 ans, alors que j’étais sur le point de terminer le collège. Mon tout premier petit ami, que j’ai fréquenté entre mes 13 et 15 ans, s’est fait arrêter par la police pour avoir fait du graffiti dans les rues. Ses parents ont pris une décision radicale : ils l’ont envoyé vivre chez des proches à Porto Rico. À cet âge-là, tu n’as aucun recours. Tu ne peux pas t’acheter un billet d’avion, tu es mineure, tu subis. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant un mois. Pour surmonter ma peine et ma colère, j’ai commencé à taguer son nom partout autour de mon école. C’est à ce moment-là que ses amis graffeurs m’ont prise sous leur aile. Son meilleur ami en particulier, un mec nommé Kai, m’a appris ce qu’était le style. Parce que le graffiti, ce n’est pas juste tracer des lettres au hasard sur un mur : c’est une recherche pure de style. Et à l’époque, ce style était extrêmement lié à une région précise. Quand j’ai commencé, je faisais du style de Brooklyn, parce que mon école se trouvait à l’intersection de Williamsburg et de Greenpoint. C’est l’année de mes 15 ans que tout a basculé : mon petit ami est parti à Porto Rico, j’ai été diplômée du collège, et mes parents ont acheté une maison dans le Queens. J’ai dû commencer à faire de longs trajets en métro chaque jour pour aller étudier, et je suis devenue une Queens rider. J’ai laissé Brooklyn derrière moi et j’ai découvert un tout autre univers en entrant au lycée.

LA HIÉRARCHIE DES DÉPÔTS ET L’ADRÉNALINE DU MÉTRO

Justement, comment s’est faite cette transition en arrivant dans le Queens ? Le fait de changer de territoire a-t-il modifié ta pratique ?

Complètement. En arrivant dans ce nouveau lycée, j’ai commencé à rencontrer des jeunes qui venaient de tous les horizons de New York. Certains d’entre eux possédaient le savoir ultime : ils savaient comment s’infiltrer directement dans le réseau du métro souterrain. C’est une marche gigantesque par rapport au simple fait de poser un tag sur les murs de ton école ou de ton quartier. Quand tu te contentes de ton quartier, tu es ce qu’on appelle un toy, un débutant. Passer aux métros, c’est accepter des missions complètement folles, s’aventurer dans des quartiers dangereux et des endroits sombres où tu n’as jamais mis les pieds. Pour faire ça, tu es obligé d’y aller avec quelqu’un qui connaît parfaitement le terrain. Quelqu’un qui sait où se trouve le trou dans le grillage, comment escalader les structures, par où se faufiler en douce sans se faire repérer. Et tu ne rentres pas là comme dans un moulin : tu dois y aller sur invitation, ou du moins y être le bienvenu. Les graffeurs qui gèrent un yard (un dépôt de trains) ou un layup (une voie de garage) sont extrêmement possessifs. Ils détestent voir des inconnus débarquer et « cramer » leur spot en attirant l’attention de la police ou de la sécurité. Il y avait une hiérarchie stricte, un protocole très précis à respecter.

Très tôt, j’ai eu la chance d’être intégrée dans un crew légendaire : TC5 (The Crazy 5). C’était un crew dont les origines remontaient au début des années 70. En 1981, quand j’ai commencé à traîner sérieusement avec eux au lycée, la scène de TC5 n’était pas une scène de Blancs ; c’était un crew afro-américain et latino, des mecs de mon âge. Le président de TC5 de l’époque avait reçu la présidence des mains d’un ancien un peu fou, je crois que c’était Comet, qui était sur le point de partir en prison pour une sale affaire. La présidence ne se votait pas, elle se transmettait d’homme à homme. Ce jeune adolescent s’est donc retrouvé à la tête de TC5 et il nous a tous fait entrer. Je fais partie de TC5 depuis ce jour-là. Avoir le poids et la réputation de ce crew derrière nous nous ouvrait des portes closes pour les autres. Cela nous permettait d’aller peindre dans des dépôts mythiques et redoutables comme le Ghost Yard. C’est là que j’ai vécu les plus grandes aventures du graffiti sur métro. Ce n’était pas seulement le fait de peindre, c’était toute l’expérience physique : avoir les genoux qui tremblent, la peur au ventre qui te tord l’estomac, travailler dans le noir le plus complet en sachant qu’un troisième rail électrifié de 600 volts se trouve à quelques centimètres de tes pieds. Et au milieu de cette obscurité, tu as une attente immense. Tu te demandes sans cesse ce qui va rouler le lendemain matin. Est-ce que ta pièce va être une pure merveille à la lumière du jour, ou est-ce que les coulures et le manque de lumière en auront fait un désastre complet ? C’était un jeu permanent de quitte ou double, qui dépendait entièrement des conditions de la nuit.

Qu’as-tu ressenti la toute première fois où tu as vu l’un de tes trains rouler en pleine journée dans New York ?

C’est une sensation d’exultation pure, une décharge d’adrénaline que je n’ai jamais retrouvée nulle part ailleurs. Quand tu te tiens sur le quai et que tu vois ta propre pièce passer devant toi, tu te mets à sauter partout comme un gamin. Tu as conscience d’avoir enfreint la loi, d’avoir fait quelque chose de totalement interdit, mais tu as réussi à esquiver les mailles du filet et à rentrer saine et sauve chez toi. Et là, l’œuvre est magnifique, elle roule, et elle va traverser toute la ville. À ce moment-là, une seule pensée t’obsède : « Pourvu que quelqu’un la prenne en photo ! Mon Dieu, pourquoi je n’ai pas d’appareil photo avec moi ? C’est tellement incroyable ! » Tu passes par un maelström d’émotions indescriptibles. Et j’ai été littéralement accrochée par ça : l’aventure, l’excitation, le fait de voir ton nom circuler sur des tonnes de métal, et la célébrité qui en découle. Tu gagnes une forme de pouvoir, une reconnaissance immédiate auprès de la foule populaire. Tu commences à traîner avec l’élite absolue des graffeurs de New York, alors même qu’à cet âge, je n’étais qu’une débutante et que je ne méritais même pas de respirer le même air qu’eux. Des mecs comme Lee Quiñones, Dondi White, Futura 2000, Zephyr, Crash ou Daze étaient déjà en train de mettre un terme à leur carrière sur les métros. Ils avaient une vingtaine d’années, ils étaient les rois de la ville. Certains d’entre eux sont toujours mes amis aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard. Mais j’ai su apprendre vite, très vite, pour me mettre à leur niveau.

L’IDENTITÉ DES QUARTIERS ET LA BATAILLE DES STYLES

Tu évoquais le fait que chaque borough avait un style qui lui était propre. Est-ce que cela créait une sorte de compétition géographique, au-delà de la simple rivalité entre crews ?

C’était tout à fait ça. C’était la bloodstream (le système sanguin) de New York, et chacun avait un style qui « se devait » de refléter son borough. Au début, quand j’ai commencé à taguer, j’avais un tag qui indiquait que je venais du Bronx, parce que mes amis étaient de là-bas et que, franchement, le Boogie Down Bronx était beaucoup plus cool que le Queens. Le Queens, au début, ce n’était pas très cool. Ce n’est devenu un haut lieu du rap et de la culture qu’un peu plus tard. À mes débuts, c’était un borough un peu « dorky » (ringard), avec des petites maisons, des jardins fleuris, des arbres et des gens très policés. Rien à voir avec l’énergie électrique et chaotique du Bronx ou de certaines parties de Brooklyn.

Mais quand j’ai commencé à m’intégrer, j’ai dû assumer mon identité de Queens rider. Le truc, c’est que le métro était le seul moyen de voir ce que faisaient les autres. Quand tu voyais une rame passer avec un lettrage venu du Bronx, tu analysais leur style. Il y avait une pression invisible : si tu voulais être respecté, tu ne pouvais pas te permettre de faire un travail médiocre. La rivalité est le moteur le plus puissant pour l’amélioration technique. Soudainement, semaine après semaine, les pièces devenaient plus colorées, plus massives, avec des cartoons de plus en plus travaillés. On passait d’un simple tag à des fresques monumentales. C’était une émulation constante.

À quel moment cette compétition entre les rames de métro s’est-elle déplacée vers les galeries d’art ? Est-ce que ce passage a été naturel ou conflictuel ?

C’était une transition étrange. Pendant des années, on ne se connaissait que par nos noms écrits sur les trains. Tu pouvais admirer le style d’un mec pendant trois ans sans jamais avoir vu son visage. On ne se rencontrait que par hasard dans les dépôts, dans la nuit, ou lors de quelques rares événements. Puis, petit à petit, les galeries ont commencé à s’intéresser à nous. C’était un monde totalement étranger. Au début, on était un peu perdus. Comment mettre sur une toile ce qu’on faisait sur une surface métallique en mouvement ?

Pour beaucoup d’entre nous, c’était une question de survie. Les autorités commençaient à durcir radicalement les contrôles, à nettoyer les trains, à installer des grillages électrifiés… La traque devenait dangereuse, presque mortelle. Donc, quand des galeristes sont venus nous voir en nous disant : « Venez peindre sur des toiles, vous serez payés, vous ne risquez pas la prison », beaucoup ont sauté sur l’occasion. Mais c’était un choc culturel. On passait de l’adrénaline pure, du danger de la rue, à un environnement feutré et silencieux. Certains puristes criaient à la trahison, ils disaient qu’on « vendait » le mouvement. Moi, j’ai toujours vu ça comme une évolution nécessaire. Si tu veux que ton art dure, s’il doit traverser les décennies, tu ne peux pas te contenter de le laisser disparaître sous une couche de peinture anti-graffiti de la MTA (la régie des transports new-yorkaise) le lendemain matin. La galerie, c’était le moyen de rendre notre travail immortel, d’en faire une pièce d’histoire.

Tu parles beaucoup du rôle de tes aînés, de ceux qui t’ont protégée au sein du crew TC5. Est-ce que le fait d’être une femme, une « Lady » dans un milieu extrêmement masculin, a changé ta manière de naviguer dans cette hiérarchie ?

C’était un défi permanent. Il fallait être deux fois plus rapide, deux fois plus audacieuse que les mecs pour qu’ils te prennent au sérieux. Ils avaient tendance à te voir comme une « petite sœur » qu’il fallait protéger, pas comme une égale. J’ai dû prouver que je pouvais faire les mêmes missions qu’eux, que je pouvais rester dans le dépôt jusqu’à l’aube, que je pouvais gérer la peur. J’ai été « Lady » Pink non pas pour séduire, mais pour affirmer ma présence dans ce monde d’hommes. C’était un nom de guerre. En choisissant un nom qui sonnait très féminin, je voulais souligner le contraste entre la fragilité perçue et la puissance du geste. Et, honnêtement, ça a fini par devenir un avantage. Mon nom était partout, les gens se souvenaient de « Lady Pink » beaucoup plus facilement que d’un énième nom de crew composé de lettres aléatoires. J’ai transformé mon genre en un outil de communication.

LA TRAQUE ET LA PROFESSIONNALISATION

Tu évoquais le durcissement des autorités. Comment as-tu vécu cette montée en puissance de la répression à New York, notamment avec la création de la Vandal Squad ?

La Vandal Squad, c’était l’ennemi juré. Ils ne cherchaient pas simplement à arrêter des vandales, ils cherchaient à briser des carrières. Ils connaissaient nos noms, ils traquaient nos signatures, ils lisaient nos tags comme un détective lit des indices sur une scène de crime. À l’époque, la police n’avait pas l’habitude de gérer des « artistes » qui étaient, en même temps, des criminels de droit commun.

Être une femme dans ce contexte, c’était encore plus complexe. Quand tu te faisais arrêter, les flics ne savaient pas trop comment réagir. Ils essayaient de te déstabiliser, de te traiter comme une gamine inconsciente. Mais la réalité, c’est que le risque était là, omniprésent. On ne parle pas de petites amendes, on parle de passages au commissariat, de nuits en cellule, de dossiers judiciaires qui commencent à s’empiler. C’est à ce moment-là que beaucoup de mes amis ont décroché. Ils ne pouvaient plus gérer la pression, le danger de se faire tirer dessus par un agent de sécurité trop zélé ou de chuter dans l’obscurité des voies.

C’est aussi le moment où le graffiti sort de la rue pour entrer dans les galeries. Comment as-tu navigué dans ce monde du marché de l’art qui, au fond, ne comprenait probablement pas grand-chose à votre démarche ?

C’était une forme de schizophrénie. D’un côté, la rue, la nuit, l’adrénaline, le danger, le sentiment d’appartenance à un clan. De l’autre, des galeries blanches, éclairées par des spots, où des gens en costume venaient boire du champagne devant des pièces qui, quelques jours plus tôt, auraient pu valoir une garde à vue.

Au début, je me sentais comme un animal en cage dans ces galeries. Je n’avais pas les codes, je ne savais pas comment parler de mon travail en termes de « valeur marchande ». Pour moi, le graffiti, c’était le mouvement, le passage, l’instant. Mettre ça sur une toile, c’était comme essayer de mettre le vent en bouteille. Mais j’ai appris. J’ai compris que si je voulais que Lady Pink survive au-delà de l’époque des métros, je devais faire ce pont. Et paradoxalement, c’est ce pont qui m’a sauvée. Alors que les métros étaient progressivement nettoyés, effacés, que les trains devenaient gris et tristes, mes toiles, elles, restaient dans les collections. J’ai réalisé que l’art ne devait pas être éphémère pour être authentique.

Est-ce que tu penses, avec le recul, que le graffiti a perdu son âme en devenant une valeur marchande ?

C’est une question qu’on me pose sans cesse. Je dirais qu’il a changé de peau. Le graffiti des années 80, c’était une nécessité sociale, une façon pour des gamins sans voix d’imposer leur existence sur le corps d’une ville qui les ignorait. Aujourd’hui, le graffiti est devenu un langage universel. Tu vas à Tokyo, à Paris, à Johannesburg, tu vois le même langage visuel. Oui, il y a une part de « commercialisation » qui peut sembler vide de sens, surtout quand je vois des marques utiliser le graffiti pour vendre des baskets. Mais l’esprit, l’essence même du graffiti, reste intact : c’est cette liberté de dire « Je suis ici, j’existe, et je laisse ma trace ». Tant qu’il y aura des murs et des gens qui refusent de voir leur environnement devenir terne, le graffiti existera.

TRANSMISSION, HÉRITAGE ET CONCLUSION

Avec le recul, comment perçois-tu la nouvelle génération de graffeurs ? Penses-tu qu’ils vivent la même expérience que vous, ou est-ce devenu une discipline totalement différente ?

C’est radicalement différent, et c’est normal. Quand nous avons commencé, tout était à inventer. Il n’y avait pas de tutoriels sur YouTube, pas de magazines spécialisés, pas de boutiques vendant des bombes de peinture spécifiques pour le graffiti. On devait tout apprendre par nous-mêmes, souvent dans la douleur et l’erreur. Aujourd’hui, un gamin qui veut commencer peut tout apprendre en une soirée sur Internet.

Le graffiti est devenu une forme d’art institutionnalisée. Je vois des jeunes qui arrivent avec une formation académique, qui connaissent l’histoire de l’art, qui utilisent des outils incroyables. Parfois, je regrette cette part de « sauvagerie », ce côté un peu brut et improvisé. Mais en même temps, ils atteignent des sommets techniques que nous n’aurions jamais pu imaginer. Ce que j’espère, c’est qu’ils n’oublient pas l’essentiel : le graffiti n’est pas qu’une question d’esthétique, c’est une question d’affirmation de soi dans l’espace public. Si tu peins juste pour faire « joli », tu passes à côté de l’âme du mouvement.

Quel message souhaiterais-tu transmettre à ceux qui, aujourd’hui encore, s’aventurent dans la rue pour laisser leur nom ?

Je leur dirais : soyez sincères. Ne cherchez pas à copier ce qui marche sur Instagram. Cherchez ce qui résonne en vous, ce qui fait que votre main tremble quand vous prenez la bombe. Le graffiti, c’est une relation intime entre ton esprit, ton geste et la surface que tu transformes. Si tu es honnête avec toi-même, ton style finira par émerger. Et surtout, n’ayez pas peur de l’évolution. Beaucoup restent bloqués dans une nostalgie des années 80, ils pensent que c’était mieux avant. C’était différent, c’est tout. Le monde avance, l’art avance, et le graffiti doit continuer à se réinventer pour rester pertinent.

Pour conclure, dirais-tu que Lady Pink est un personnage que tu as créé, ou est-ce que c’est toi, tout simplement ?

Lady Pink, c’est une extension de moi-même, mais c’est aussi un bouclier. C’est l’identité qui m’a permis d’affronter le monde, d’entrer dans des dépôts sombres, de tenir tête à des hommes, de monter sur des échelles, de faire face aux critiques. Elle est plus audacieuse, plus forte que la personne que je suis dans ma vie privée. Mais au fil des années, les frontières se sont estompées. Aujourd’hui, je suis les deux. Je suis la femme qui vit paisiblement dans son atelier, et je suis la graffeuse qui a un jour décidé que la ville entière serait son terrain de jeu. Les deux cohabitent très bien.

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