Stoul

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Transformer les murs en vitraux

Ceci est une introduction : saint oma street art.

“Ces motifs m’ont été inspirés en découvrant les planches servant à réaliser les origamis. Cela m’intéressait de voir ces lignes tracées à plat indiquant les pliures d’un plan, qui rappelait les dessins techniques de l’école Boulle pour créer des objets.”

PARCOURS

Comment es-tu devenue artiste ? Quand as-tu commencé dans la rue ?

Très tôt j’ai dit que je voulais devenir artiste peintre. J’aimais beaucoup bricoler et peindre quant à l’âge de treize j’ai commencé à faire du graffiti, avant de poursuivre des études artistiques à l’école Boulle. Je me suis ensuite lancée professionnellement, tout en continuant une activité de terrains et de friches vers vingt ans. Dès cette époque est né un intérêt des institutions et du grand public pour l’art urbain, ce qui a entraîné les premiers festivals et les premières commandes…

ABSTRACTION VERSUS FIGURATION

Ton travail s’est construit par phases successives : on constate ainsi que l’abstraction a progressivement supplanté la figuration.

Cette transition a débuté vers 2013 lorsque j’ai commencé à géométriser mes personnages. Aujourd’hui je travaille une semi-abstraction : derrière l’abstraction de prime abord se cache toujours une base figurative. Les personnages ne sont plus présents, ne constituant plus mon axe de recherche. Mais il y a toujours un symbole qui ramène au réel et que j’utilise comme base de mon dessin avant de le (dé)construire pour qu’au final l’œil s’y perde et qu’on commence à voir autre choses à travers les formes.

Cette composition géométrique est-elle pensée en amont ou se construit-elle aléatoirement ?

Parfois il n’y a aucune préparation et cela s’effectuera en fonction du support et de l’espace de façon spontanée ; à d’autres moments il y a une vraie réflexion sur la composition et les thèmes à aborder, pour lesquels j’effectue de grosses recherches iconographiques, sur le sens et la technique. Depuis quelques temps il y a toujours un but final à la réalisation de chaque pièce, et j’ai de moins en moins de temps pour faire mes propres développements.

Ces figures géométriques proviennent des motifs de l’origami.

Ces motifs m’ont été inspirés en découvrant les planches servant à réaliser les origamis. Cela m’intéressait de voir ces lignes tracées à plat indiquant les pliures d’un plan, qui rappelait les dessins techniques de l’école Boulle pour créer des objets. Mais cela évoquait aussi les lignes d’architecture de ces nouveaux paysages et constructions en béton découverts à force d’œuvrer dans l’environnement urbain. Quand j’ai évolué vers davantage de géométrie cela m’a beaucoup inspiré, mais désormais c’est devenu un automatisme qui ne m’accompagne plus au quotidien pendant mes nouvelles créations.

Tu as progressivement fait évoluer ta réflexion sur le genre ; interrogeant à travers ton travail les différentes façons de questionner cette notion, tu tends vers la plus grande inclusion.

J’ai commencé à me poser la question du genre il y a quelques années quand je faisais encore des personnages. C’était assez agaçant d’entendre que seule une femme pouvait avoir peint ces personnages féminins. Ce qui est drôle, c’est qu’avec ma géométrie colorée et mon blaze Stoul, on ne sait plus à qui l’on fait face. Elle parle à tout le monde, sans distinction de genre ni de culture. C’est une de mes batailles que le genre de l’artiste ne soit plus un critère, qu’il finisse par s’effacer pour qu’on atteigne l’égalité dans la diffusion du travail artistique. Qu’on arrête de programmer des expositions uniquement de femmes : c’est sympa mais il s’agit en creux d’une discrimination positive à double tranchant.

REFLEXION SUR LA COULEUR

Penses-tu la couleur et la composition de façon simultanée ou successive ?

Cela va dépendre de chaque projet. Pour certains, une couleur dominante sera mon point de départ avant d’accorder les autres. Il arrive qu’une couleur accompagne bien un symbole. Je me suis beaucoup intéressée aux théories des couleurs. Ma technique est ainsi particulière car je suis le sens du cercle chromatique, créant des contrastes à travers les oppositions de teintes. Cela fait quelques temps que j’utilise une palette de quinze couleurs incluant le gris, le noir et le blanc.

A travers la question du cercle chromatique se pose celle de la vibration des couleurs entre elles.

Lorsqu’on suit l’ordre du cercle chromatique se crée tout de suite un côté harmonieux et joyeux. Les couleurs de l’arc-en-ciel procurent universellement cette joie. J’essaie ainsi qu’il y ait quelque chose de positif qui se dégage de mes œuvres, même si j’aborde un message qui peut être difficile.

La couleur possède une dimension symbolique. Leur choix est-il déterminé par la pièce ?

Je m’intéresse à la chromothérapie et à l’influence des couleurs dans notre quotidien. Chacune d’entre elles peut causer des effets différents en fonction des sensibilités. En fonction du support et de la thématique, je choisirai une couleur plus lumineuse pour rappeler la nature, le ciel ou la mer. Cela tranche souvent avec le paysage environnant car il n’y a pas beaucoup de couleurs dans les rues.

Le fait de parler de couleur et de cerclé noir évoque tout de suite le vitrail. Mais il y a aussi une luminosité très forte qui se dégage de tes travaux.

Je n’ai jamais eu la volonté que mon travail se rapproche du vitrail, mais cela peut y faire penser par l’utilisation de couleurs très lumineuses que ce cercle de noir très important vient faire ressortir. J’ai constitué ma palette au fil des années pour ne pas que ce soit sombre. Je travaille toujours sur une feuille blanche, le noir venant en premier, puis la couleur. Il y a également une dimension très apaisante lorsqu’on regarde un vitrail. Peut-être inconsciemment cela est inscrit en moi depuis l’école, alors que je suivais un atelier sur le métal et que celui sur le verre se trouvait à côté.

PEINDRE DANS LA VILLE

Pourrais-tu revenir sur l’acronyme ORU (« opération de renouvellement urbain ») que tu emploies pour qualifier tes œuvres et qui renvoie à l’inscription de tes motifs dans la ville ?

ORU est cette série géométrique qui vient du japonais « plier ». On le retrouve notamment à la racine du mot « origami ». La politique de la ville en France s’intitule ainsi, ce qui s’associe parfaitement à ma démarche de réaliser des œuvres pour l’espace public. Mon objectif est que mes lignes s’inscrivent au mieux et soient le plus pérenne possible, tout en étant en harmonie avec ce qu’il y a autour. J’espère ainsi que d’autres choses puissent ensuite se créer en lien avec ma fresque. C’est un tout : regarder à la fois ce qui s’est fait et ce qui pourrait se faire.

En quoi la rue est un espace de création particulier ?

C’est un espace qui est à la vue de tous, qui s’impose parfois. On offre notre Art à ceux qui le veulent bien, à ceux qui ne le veulent pas. A tous ceux qui ne poussent pas la porte des musées, qui n’ont pas la possibilité de s’ouvrir à la culture. C’est ça qui est génial. Travailler dans la rue, c’est aussi une rencontre : avec un territoire, ses habitants, ceux qui vont la vivre au quotidien. Dans chaque projet il y des échanges très importants.

Quel regard as-tu sur les différents rapports au temps qui existent dans ton travail ?

J’ai eu une période collage avec papier kraft qui m’est vite passée car c’est une technique très éphémère dont le seul avantage est de pouvoir être retirée très facilement si le résultat pose problème.  Mais en fin de compte le côté éphémère ne m’amuse pas du tout, je veux que mon travail soit le plus pérenne possible. Je n’ai jamais envisagé le fait d’être peintre autrement que comme un métier, et c’est merveilleux d’avoir la chance d’avoir des commandes publiques, d’être soutenue pour pouvoir en vivre. Mais comme je ne fais plus que ça, je ne travaille plus en vandale, ne fais plus de terrains…

Le muralisme de commande ne se base pas sur la même échelle de temps que l’œuvre vandale.

Mes peintures en bombe sont de très bonne qualité, avec une résistance muséale aux UV. De plus, les mirs sont préparés avant que j’intervienne pour être le plus pérenne possible. Pour chaque fresque mandatée comme pérenne, je répertorie les couleurs pour savoir lesquelles utiliser quand il faudra faire des restaurations, de mon vivant ou lorsqu’elles me survivront. Selon, c’est aussi une façon de respecter toutes les personnes qui s’investissent pour faire exister ces réalisations monumentales et les habitants qui ont voté avec un budget participatif et ne souhaitent pas voir un mur qui se dégrade rapidement.

L’Art urbain est-il un courant artistique ? Comment t’y positionnes-tu ?  

Je n’ai pas de difficulté à parler de Street art, bien que ce ne soit pas toujours un art de rue, mais qu’il puisse se trouver à la campagne ou au bord de la mer. Ce qui est difficile à appréhender est qu’il s’agit d’un mouvement international, extrêmement diversifié. Les artistes ne sont pas tous liés les uns aux autres, les sujets et les techniques sont très variés. On pourrait ainsi parler de sous-catégories de l’Art urbain, comme en ce qui me concerne l’art géométrique, l’abstraction ou le muralisme. Ce sont des cases dans lesquelles on rentre mais qui permettent de mettre un nom sur les choses. Cela ne me pose aucun problème de dire que je suis artiste urbaine.

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Photographies:  Stoul

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Entretien enregistré en juin 2021.

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