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Quand l'Art urbain devient Légende des siècles

« J’ai peut-être tendance à vouloir mettre parfois un peu trop de références, alors que je veux juste pouvoir transmettre quelque chose, un questionnement, une émotion, ou du moins une approche un peu réfléchie des sujets que j’aborde. »

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Tout part d’une fresque vue au milieu des années 80. Un souvenir imprécis qui te marque profondément.

Je crois que cela devait être en 1986. Cette fresque se situait à Fontenay et représentait des pays avec leurs noms, leurs drapeaux et beaucoup de couleurs. Je devais avoir douze ans et je me suis pris ces dessins dans la gueule : à l’âge des BD et des dessins animés, il était fascinant de découvrir ces peintures, qui interpellent et interrogent sur le qui et le pourquoi. Pour un gamin qui s’ennuie, c’est aussi voir de plus grands faire des dessins sur les murs. Ensuite, comme tous les mecs de ma génération je suis passé par la même expérience, à savoir la lecture de Spraycan Art et Subway Art, qui sont vraiment les références.

Tu débutes ainsi par le graffiti, avec un blaze – Toons. As-tu toujours souhaité faire de la figuration ?

Initialement je voulais faire de l’animation. J’ai ainsi commencé à faire des graffitis vers dix-sept ou dix-huit ans, avant de vouloir entrer aux Gobelins. J’ai passé deux fois le concours sans avoir le niveau. Comme je dessinais des cartoons, Toons est naturellement devenu ma signature. J’ai ensuite arrêté de peindre dans la rue vers 1996, avant de reprendre en 2011. Durant toute cette période j’avais un atelier où je continuais à travailler de façon plus abstraite sur le volume, le bois et la peinture, tout en poursuivant une recherche continue sur la matière et la texture. Je reviens en ce moment à cette envie d’abstraction, même si je conserve en toile de fond le souhait de montrer le passage du temps, et de travailler l’usure.

Retropolis

Comment a débuté le projet Retropolis ?

Lorsque j’ai repris en 2012, je suis parti sur un concept de rétro-graffitisme plutôt qu’une signature, en parallèle avec le rétrofuturisme. L’idée était d’explorer le « et si », comme on le retrouve fréquemment au cinéma. Ayant travaillé pendant quinze ans en agence web, je me suis nourri de courants graphiques très variés, mais aussi de typographies, de photos de mode et de connaissances diverses que je voulais retranscrire. Retro réfère ainsi à ce qui a été fait avant. Une base historique servant au télescopage d’univers éloignés dans le temps et l’espace. Cela fait quelques années que je travaille là-dessus, et j’ai l’impression que c’est une piste infinie.

Retropolis est une ville imaginaire comportant plusieurs quartiers, comme Ortopark ou Vootham. Certaines fresques de la rue Joseph Python rappellent ainsi l’atmosphère de Samuraï Champloo, en mélangeant du hip-hop à des formes plus traditionnelles.

Je suis très influencé par la bande-dessinée et j’ai toujours envie de raconter une histoire, d’où la création de Retropolis et de ses personnages imaginaires. Chaque quartier permet d’approfondir la rencontre de courants artistiques particuliers. Le premier était une fête foraine marquée par un style américain issu des années 50, avec ses montagnes russes branlantes et ses chapiteaux. Des forains russes s’y seraient installés et auraient permis à la ville de croître, intégrant des éléments d’architecture avec des toitures en forme de bulbes, propre à cette architecture russe, mélangés à cet univers de parc d’attractions.

Si l’on part du principe que tout est mélangeable, on pourrait par exemple vouloir mixer des éléments très religieux avec le quartier rouge d’Amsterdam, afin de souligner une certaine forme d’opposition. J’ai essayé cependant de trouver quelque chose de plus subtil afin d’éviter ces écueils. Mon deuxième quartier s’inspire des années 30 au niveau architectural : il est Art déco avec de grandes lignes qui rappellent le Streamline et un architecte que j’adore – Hugh Ferriss – qui est en partie à l’origine des bâtiments que l’on retrouve dans Gotham City ou Metropolis. J’y ai ajouté des éléments de culture vaudou, très colorés, composés de beaucoup de symboles et d’un système de dieux et de demi-dieux, car cette mythologie est très vaste.

On retrouve également dans Retropolis l’idée d’une ville haute et d’une ville basse, qui marque aussi des strates entre différentes époques.

Cette idée que l’on retrouve notamment dans Metropolis a été reprise par énormément de films d’anticipation. Mais le système de castes qui y est introduit existe toujours aujourd’hui lorsque l’on observe la lutte entre l’élite et le peuple. On se satisfait de séries et de divertissements, et de temps en temps on manifeste pour récupérer quelques miettes. Même en tant qu’artiste on rame en permanence, sans considération. On me propose encore des travaux sans rémunération hormis le prix de la peinture. S’il m’arrive de temps en temps de réaliser des projets gratuitement – l’Art urbain a une dimension sociale – il faut que les gens arrêtent de penser qu’un artiste ne vit que d’amour et d’eau fraîche.

Sur quels supports peut s’étendre cette ville ?

Je pense que Retropolis restera plutôt connectée à la rue. Les peintures que je réalise désormais tendent vers autre chose, une forme d’abstraction. Lors des appels d’offre, il faut par contre conserver la dimension street, intégrant des éléments du contexte urbain, avec de la couleur, dans une recherche qui se rapproche de la publicité. J’en reviens toujours à travailler ce côté ancien mais patiné comme cet éléphant rue de Belleville qui peut faire penser à une fausse annonce pour de la limonade. L’objectif ultime serait de finir par faire exister cette marque. Cela me ferait vraiment marrer de transposer dans le monde réel ces éléments imaginaires.

UNE RECHERCHE CONSTANTE

Comment se construit ton travail d’atelier ?

En atelier, ma recherche se concentre plutôt autour de la figure de l’artiste et des sacrifices que nous sommes prêts à faire pour réussir. Sommes-nous prêts à mettre de côté nos convictions ? Qu’est-ce que la réussite : de l’argent, de la reconnaissance, être un exemple pour les autres artistes ? Le pacte avec le diable est selon moi un thème intéressant, présent en littérature depuis très longtemps à travers notamment le mythe de Faust. C’est une idée qui s’est développée ensuite avec notamment Peau de chagrin, Le maître et Marguerite ou Le moine. J’avais travaillé sur trois exemples littéraires essentiels que sont Faust, Dorian Gray et Macbeth, leur représentation et cette matérialisation du pacte. Être jeune, roi ou savant, et accepter de tout donner pour étendre encore plus sa jeunesse, son pouvoir ou sa connaissance. Au niveau artistique, je pense que nous sommes nombreux à nous poser la question en nous demandant jusqu’où nous pouvons aller. Avec ces références, j’ai parfois peur de paraître prétentieux, mais ayant un niveau d’études assez bas, j’ai dû compenser en me formant tout seul depuis vingt-cinq ans. J’ai peut-être tendance à vouloir mettre un peu trop de références, alors que je veux juste pouvoir transmettre quelque chose, un questionnement, une émotion, ou du moins une approche un peu réfléchie des sujets que j’aborde.

Ton style, se démarquant par l’usage de la couleur et par le trait, est très reconnaissable.

Sans fausse modestie, ce que je fais me paraît toujours petit et pas brillant. En effet, je ne me réfère pas à ce que je vois autour de moi, sinon à ce qui a été fait avant. Je vise non pas la reconnaissance ou la visibilité, mais de pouvoir faire partie de cette grande famille d’artistes, sans frontières ni temporalité. Tout n’est que transmission, et je me repose sur ce qu’on fait les autres avant moi pour essayer à mon tour d’apporter ma pierre à cet édifice : si derrière d’autres personnes peuvent s’en trouver influencées à leur tour j’aurais accompli quelque chose de réellement important. C’est ce qui me motive et me pousse à me dire que je suis encore loin d’avoir réalisé un travail suffisamment marquant.

Le bleu occupe une place très importante dans ton travail. T’intéresses-tu à la place de cette couleur dans l’histoire de l’Art ?

Lorsque j’ai commencé à travailler à l’acrylique, un pote vendait des pots de déstockage, dont un vert pomme hideux, auquel j’ai mélangé un colorant turquoise. J’ai ensuite commencé à peindre avec cette teinte, qu’on a pris à tort pour ma signature alors qu’en réalité c’était parce que je n’avais que cela ! J’ai eu d’autres couleurs, mais c’est vrai que ces pigments couvrent très bien et sont idéaux pour la rue.

Je refuse de ne travailler qu’une couleur, car ce serait une contrainte trop importante dont il serait impossible de sortir. Ainsi dans ma dernière exposition il n’y avait pas de bleu. En histoire de l’Art le bleu rappelle Klein, mais historiquement c’est aussi le symbole de la royauté d’une certaine façon. Les pigments coûtaient plus cher que l’or, seuls les gens les plus riches pouvaient les utiliser. Je m’intéresse davantage au fait de travailler des couleurs improbables pour parvenir à les mélanger. Il y a des artistes si talentueux qui travaillent la couleur qu’il peut sembler difficile de se renouveler, alors j’essaie d’associer des teintes pour créer des ambiances et des univers, permettant de revenir à un style pop – dans le sens de populaire.

Chaque nouvelle création est le résultat d’une recherche : comment appréhendes-tu ton évolution ?

Grâce à la photographie je peux voir ce que je produisais il y a deux ans et demi et je suis satisfait si je constate que j’ai progressé. Mais la recherche est continue, et j’ai besoin de créer en permanence, sinon je ressens un sentiment de déprime. Il y des moments où j’ai envie d’abandonner parce que je rame, que rien ne fonctionne, que j’ai le sentiment de régresser, mais je continue toujours. J’ai ainsi mis des mois à faire évoluer ma technique pour essayer de proposer autre chose, qui me permettra de passer un cap dans la rue. Le travail en atelier est aussi très important, car il permet de se focaliser sur l’association des couleurs, la lumière ou la composition.

A l’inverse de beaucoup d’artistes d’Art urbain, tu ne travailles pas la répétition d’un motif mais produit à chaque fois quelque chose de nouveau.

Je n’aime pas me cantonner à un artifice, et l’idée de répéter un motif pendant vingt ans me désespère un peu. Est-ce une force ou une faiblesse ? J’admire ceux qui arrivent à trouver un gimmick et qui vont le faire évoluer grâce à leur patte. Pour l’instant je n’ai pas suffisamment cette fibre car j’ai envie de tester plein de choses. C’est difficile de ne pas se perdre lorsqu’on a envie d’aller dans toutes les directions. Suis-je un artiste ? Je ne me définis pas comme cela, je suis un mec qui aime bien dessiner, peindre. J’ai récemment vu l’exposition de Vasarely, à Beaubourg, et ce qui est très intéressant, c’est qu’on peut voir son parcours et son évolution, pour ainsi comprendre son discours à la fois recherché et fourni, même si j’ai parfois peur de l’Art contemporain dans lequel le concept prend le pas sur la représentation. Pour autant, il est extrêmement difficile de trouver un nouveau style graphique. Tout n’est que récupération de ce qui a été fait auparavant, de façon plus ou moins améliorée. J’en fais aussi partie et ne saurais à cet égard critiquer ce que font les autres.

Quel objectif poursuis-tu en tant qu’artiste ?

J’aimerais trouver ma propre voie, avec un style intemporel qu’on ne pourrait pas figer dans le temps. L’œuvre de Vasarely est par exemple marquée par une période et un moment. Je vais regarder ce qu’il y a autour de moi pour être au fait de l’actualité et m’inspirer de ce qui a été fait avant, mais sur les cent cinquante dernières années. J’adore la période de la Sécession viennoise et les impressionnistes, qui ont des styles que je trouve intemporels. Lorsqu’on regarde une œuvre de Klimt, elle reste ultra-moderne dans sa construction, son dynamisme, sa technique, son illustration, sa peinture.

rapport à la rue

Quel est ton rapport à la rue ?

Même si beaucoup me considèrent street artiste, je continue selon moi à faire du Graffiti, dans le sens où les lieux dans lesquels je peins sont illégaux. Il y a néanmoins une facilité d’intervention aujourd’hui par rapport à l’époque où les gens appelaient les flics directement, même si je n’ai pas d’autorisation. Je tiens à garder cet état d’esprit : venir peindre là où ça n’a pas lieu d’être. Cette illégalité, qu’on la retrouve dans des toilettes, dans une rue ou dans une friche, est le témoignage d’une personne, de ce qu’elle a voulu nous dire. Moi, simple citoyen, je vois des murs qui sont gris et vierges que je viens prendre. J’insiste sur ce point : je ne vais pas recouvrir les graffitis déjà présents. Ce qui m’exaspère ce sont tous ceux qui viennent se placer par-dessus toi car la présence de ta peinture ferait soudain naître un « spot de Street art » justifiant des collaborations. Des murs il y en a partout, et je ne vois pas la logique de s’agglutiner au même endroit.

Tes œuvres sont souvent placées à Belleville. Pourquoi est-ce important pour toi d’avoir cet ancrage territorial ?

C’est une facilité. Je suis revenu dans le XXe arrondissement de Paris où j’habitais au début des années 2000. J’ai commencé à peindre par hasard dans une petite rue, en voulant retrouver la sensation que j’avais avec mes potes au milieu des années 90. J’ai commencé sur des palissades, surtout lorsque j’ai repris en 2012 avec les TRBDSGN, qui peignaient déjà depuis pas mal d’années dans la rue. Puis dans le XXe, au pinceau, qui est un outil que les gens n’associent pas à la dégradation. Je l’avais utilisé pour la première fois en intérieur, pour ne pas m’intoxiquer, et j’avais vite réalisé qu’il me permettait d’obtenir un rendu que je cherchais depuis longtemps à avoir à la bombe. Dans le XXe arrondissement, la politique est très ouverte au sujet de l’Art urbain, notamment grâce à Art Azoï, qui œuvre depuis longtemps pour faire comprendre cette démarche aux gens. Néanmoins, il y a toujours une certaine urgence, une contrainte de temps et d’environnement parfois stressante, mais qui définissent un contexte. Si tu veux peindre sans prendre de risque, ne va pas dans la rue.

Quelle interaction entretiens-tu avec les passants ?

Ma démarche est d’être dans la rue, de peindre et discuter avec les gens, car il y a une vraie dimension sociale dans l’Art urbain. En fonction des quartiers les avis ne sont pas les mêmes, dans certains coins du XIe arrondissement recouverts de graffitis les gens sont agacés, alors qu’il m’est aussi arrivé que certains partent en me remerciant. Il est intéressant de voir que cette forme d’Art touche toutes les générations : des gamins qui ne comprennent pas forcément mais qui apprécient la couleur, aux grand-mères ravies, en passant par ceux qui ne parlent pas très bien français, ou par les touristes. Ce n’est pas grand-chose mais cela crée un lien.

Quel est ton regard sur le caractère éphémère de l’art urbain ?

J’ai un côté vieux con qui vient du Graffiti, et est lié au respect, ayant toujours du mal à comprendre comment quelqu’un se permet de venir mettre son tag/collage/pochoir/affiche sur le boulot d’un autre et s’offusque lorsque l’inverse arrive. Mais tu as raison, cette forme d’expression est par essence éphémère et il faut donc accepter qu’une fois sa peinture réalisée dans la rue elle n’appartienne plus à celui qui l’a produite. Elle est accessible à tous, pour le meilleur comme pour le pire. C’est aussi cela qui permet de faire avancer si vite ce domaine, car tout disparaît très vite et il faut se renouveler constamment. On sort complètement des codes académiques de l’Art classique et du travail d’atelier ce qui permet de rendre cette forme d’expression accessible à n’importe qui.

As-tu l’impression de contribuer à écrire l’histoire de la ville ?

J’aimerais que ce soit le cas mais j’en suis encore loin, et pour être plus précis, il ne s’agit pas de laisser forcément son nom mais plutôt de sentir que l’on peut faire partie d’une sorte de « grande famille » à travers le temps. Il y a des acteurs importants, comme la galerie Itinerrance dans le XIIIe arrondissement et surtout Art Azoï dans le XXe.

sur l'art urbain

Quelle est selon toi la différence entre Art urbain et Art contemporain ?

Le retour direct du public marque un changement. Par rapport à l’Art contemporain, il est intéressant de voir comment un environnement artistique réservé à une élite et assez peu accessible devient tout à coup populaire et se retrouve approprié par le peuple. Tout le monde devient juge, et les artistes les plus suivis grâce à la rue ne le sont pas parce qu’ils sont passés par les Beaux-Arts ou par une formation classique, mais parce qu’ils ont plu aux gens. C’est un vrai choix qui se fait de façon plus démocratique. Pour l’instant l’Art contemporain et les acteurs importants snobent toujours ce courant, mais de plus en plus franchissent le pas, jusqu’à ce que peut-être nous réussissions tous cette transition pour y voir un nouveau courant majeur.

Quelle place accordes-tu à la photographie ?

Je prends des photos pour les partager essentiellement sur Instagram. Cela me donne un historique, me permet de placer des dates. Je n’ai pas d’images de ce que je faisais auparavant, c’est un ami qui les conserve. De fait, je ne vois pas ce que je fais – que ce soit une toile ou un mur – comme une finalité, pour moi c’est un entraînement continu. Le fait que cela me plaise doit rester la motivation principale. J’ai une fille qui a deux ans et demi, cela l’amuse de voir un éléphant peint par son père lorsqu’elle va à la crèche. J’ai aussi un fils de onze ans moins intéressé, mais si un jour il voulait peindre j’en serais ravi. Il est gratifiant d’entendre parfois les gens dirent « Ma fille adore ce que vous faites », car alors on sait qu’on a pu faire plaisir à une personne pendant quelques secondes.

Quel regard as-tu sur le Street art aujourd’hui ?

Il n’y a pas d’autre mot que Street art pour définir ce mouvement, mais le problème est qu’on atteint un système caricatural composé de personnes qui n’ont rien à voir: de plus, il est désormais très facile de réaliser un portrait d’une nana qui lève un peu les yeux, de balancer plein de couleurs à la bombe et d’appeler ça Street art. Le film de Banksy Faites le mur ! dénonce cet aspect-là. Un jeune qui commence aujourd’hui vient à la rue car cela paraît accessible et séduisant. Le côté positif est qu’il n’y a plus besoin de passer par les Beaux-Arts ou les Arts Déco, mais certains oublient que se donner les moyens de produire quelque chose est une étape à part entière.

Qu’est-ce qui va permettre à un artiste urbain de se démarquer ?

Toucher des galeristes pointus demande de rentrer dans une logique très professionnelle, et l’on se rend vite compte que la plupart des artistes de rue ne sont pas adaptés pour passer à ce genre de niveaux. Beaucoup de ceux qui réussissent ne sont pas excellents plastiquement, mais savent gérer leur communication et sont de véritables machines à produire. Il faut trouver un équilibre face à cette logique qui privilégie parfois le rendement à la créativité. En donnant son avis sur le thème ou les couleurs, le galeriste va effectuer une direction artistique qui, si elle est faite intelligemment, peut donner de très bonnes choses.

Enfin, il est difficile de théoriser ce mouvement.

Il est indéfinissable et mouvant, évoluant continuellement depuis les années 70. Beaucoup de gens se cassent les dents en essayant de le définir à l’aide de nouveaux mots comme Pressionnisme ; pourtant même les pionniers ne peuvent pas se le permettre lorsqu’on réalise comment tout a changé en quelques années. Il y aussi une multitude de sous-niveaux entre les pochoiristes, les colleurs, les mosaïstes ou les muralistes… Je ne sais pas quel est l’avenir du Street art, si ce sera un mouvement qui, comme l’Impressionnisme, n’aura pas duré très longtemps tout en étant largement reconnu. On en revient à l’envie de faire partie d’un courant parce que cela donne un sens à sa vie, plutôt qu’une motivation qui suivrait un effet de mode.

Photographies:  Retro

Vous pouvez retrouver Retro sur Facebook, Instagram et son site internet.

Entretien enregistré en avril 2019.

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