Megumi Nemo

MEGUMI NEMO

Des couleurs primaires pour traduire nos émotions

Ceci est une introduction : saint oma street art.

“Je ne veux pas dessiner de choses compliquées. Je préfère les images simples qui sont pour moi comme des haïkus.”

PREMIERs pas dans la rue

Comment es-tu devenue artiste et quand as-tu commencé dans la rue ?

J’ai commencé à dessiner quand j’étais étudiante aux Beaux-Arts de Tokyo « Jyoshibi », tout en testant un grand nombre de techniques comme l’aquarelle, le pastel gras, la gravure, la lithographie ou encore la poterie. Mes premiers collages dans Paris remontent eux à 2014. Alors que je cherchais une nouvelle façon de m’exprimer, quelqu’un m’a conseillé de m’orienter vers le Street art. Je n’y avais pas du tout pensé et ne connaissais pas cet univers, mais comme je voulais produire de grands formats cela s’est accordé naturellement avec mes envies. J’ai débuté par des pochoirs et des collages, faisant sortir l’image de mon petit livre La tête tombée, publié par les éditeurs Soc et Foc en 2013. Depuis je les réalise à la main sur papier kraft. Ce sont des pièces uniques.

Était-ce particulier pour toi d’agir de façon illégale ?

Je n’y ai pas pensé car je ne connaissais pas du tout ce milieu. J’ai d’ailleurs d’abord cru qu’en France cela était autorisé ! Je me suis aussi trompée en collant sur le mur d’une synagogue alors que je l’ignorais. Je ne pense pas faire de mauvaises choses : beaucoup de gens apprécient mon travail et si l’on me fait une remarque pendant que je colle je m’arrête aussitôt. Pourtant, je crois que si j’habitais au Japon je ne le ferais pas, car je serais attrapée immédiatement. La tolérance vis-à-vis du Street art est bien plus grande en France qu’au Japon ! De plus, c’est ici que je suis venue pour travailler et c’est avec les gens qui habitent en France que je souhaite faire communiquer mes dessins.

D’où vient ton cette affinité particulière avec la France ?

Quand j’étais étudiante j’ai découvert un disque des Têtes raides. Cela m’a beaucoup plu et j’ai souhaité venir en France pour les rencontrer. C’est ainsi qu’en 2004 je suis venue comme touriste et, alors que je cherchais un magazine de musique, je suis tombée sur l’annonce d’un de leurs concerts. J’ai vraiment aimé et je me suis dit que je voulais pouvoir travailler près d’eux comme artiste.

UN UNIVERS QUI EVOQUE L’ENFANCE

L’univers que tu développes a trait à l’enfance. Travailles-tu avec tes souvenirs ?

J’exprime plutôt la situation actuelle dans laquelle je me trouve. Je cuisine dans ma tête les phrases, les mots et les situations. Pendant que je dessine, je ne sais pas exactement ce que je veux exprimer mais à la fin je réalise ce que je voulais dire où dans quel était j’étais. Chaque histoire est la traduction d’une émotion. Je garde toujours le même esprit que lorsque j’étais enfant. Je m’amuse aussi avec mes collages, qui contiennent des messages privés. Ainsi, le taureau représente la personne que j’aime.

L’horloge, et plus globalement la question du temps, est un motif récurrent dans tes dessins.

J’aime beaucoup compter et écrire les chiffres, que ce soit quand je me sens mal à l’aise, lorsque j’attends quelqu’un ou que je n’ai rien à faire. C’est pourquoi j’en inscris régulièrement dans mes dessins. Mais l’horloge représente aussi peut-être le fait qu’il m’arrive d’oublier le temps qui passe, qui semble extérieur à moi-même.

Pourrais-tu revenir sur ton style minimaliste ainsi que sur ton utilisation de la couleur ?

Je ne veux pas dessiner de choses compliquées. Je préfère les images simples qui sont pour moi comme des haïkus. En enlevant ce dont on n’a pas besoin, on peut exprimer avec des traits simples des émotions complexes. Bleu outremer, rouge, jaune : j’utilise trois couleurs primaires. J’ai commencé à utiliser ce bleu outremer lorsque j’étais un peu triste mais comme je l’aime beaucoup je continue à m’en servir. Peu à peu je me suis mis à y ajouter d’autres couleurs.

CREER SUR LES MURS

En quoi la rue est-elle un espace de création particulier ? Quel regard portes-tu sur le caractère éphémère du collage ?

Simplement, elle se marie bien avec mon dessin. J’ai plusieurs fois collé rue des Cascades, un endroit par lequel j’aime beaucoup passer car les gens sont sympas. C’est normal que le collage disparaisse ensuite car c’est la vie de la rue. Ainsi, je ne suis pas choquée par les gens qui enlèvent les collages derrière moi, même si c’est un peu dommage quand j’ai passé beaucoup de temps à le créer. Cela arrive et je n’y pense pas trop. Le but n’est pas que cela reste longtemps mais j’espère qu’un maximum de personnes pourront le voir. S’il s’abime je préférerais plutôt venir le nettoyer.

Penses-tu que le Street art est un courant artistique ? Penses-tu en faire partie ?

Comme j’ai été élevée au Japon, quand j’entends le mot Street art je pense « mauvais garçons ». En fait ce n’est pas que cela, tous les arts sont représentés. Comme au départ je ne connaissais pas cette pratique je ne pensais pas en faire ; dès lors quand on me dit que je suis street artiste cela m’interroge beaucoup, même si je me réjouis que les gens apprécient mon travail. Je n’aime pas trop ce mot, ni celui d’Art urbain. J’oscille et équilibre ma pratique entre le Street art, les gravures et les petits dessins : il m’arrive par moment de ne plus vouloir du tout coller dehors. Ainsi, je ne me définirais pas comme telle.

megumi nemo street art megumi nemo street art megumi nemo street art megumi nemo street art megumi nemo street art megumi nemo street art

Photographies:  Megumi Nemo

Vous pouvez retrouver Megumi Nemo sur Facebook,  Instagram.

Entretien enregistré en mars 2021.

VOUS AIMEREZ AUSSI

AMI IMAGINAIRE

Rencontre avec Ami imaginaire, dont les animaux poétiques jouent sur le contraste de couleur avec les murs sur lesquels ils sont apposés.

marquise

Rencontre avec Marquise, dont les collages surréalistes et poétiques mettent en avant la richesse et la diversité de nos sociétés.

NADEGE DAUVERGNE

Rencontre avec une artiste qui joue sur le collage et le trompe-l'oeil pour confronter des univers, publicité et peinture, citadin et faune sauvage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *